Maçon creusant une section de tranchée sous une fondation en béton lors d'un chantier de sous-œuvre à Montréal.
Publié le 11 septembre 2026

Dans plusieurs quartiers de Montréal — Villeray, Rosemont, Ahuntsic — des milliers de propriétaires de plex construits entre 1900 et 1960 vivent avec des fondations en pierre ou en béton fissuré, et nombre d’entre eux rêvent de creuser un sous-sol trop bas pour être habitable. Ces deux projets, renforcer ou approfondir, renvoient à une même famille de travaux : la reprise en sous-œuvre. Une opération qui peut sembler vertigineuse — creuser sous sa propre maison — mais qui suit en réalité une séquence codifiée, encadrée par des plans d’ingénieur et un permis municipal.

Réponse directe : un chantier de sous-œuvre à Montréal se déroule en cinq grandes phases : évaluation structurale, plans et rapports d’ingénieur, permis d’excavation de la Ville, exécution par un entrepreneur licencié — excavation par sections, bancs de pieux ou sous-murage, bétonnage, drainage — puis inspection finale. La maison ne quitte jamais entièrement le sol : elle repose tour à tour sur des sections intactes pendant que les autres sont reprises.

Cet article détaille chaque étape, explique pourquoi le séquençage protège la structure, précise quand un levage avec étaiement devient nécessaire, et donne les vérifications concrètes à exiger d’un entrepreneur avant de signer.

Sous-œuvre : ce que recouvrent exactement les bancs de pieux et le sous-murage

La reprise en sous-œuvre désigne l’ensemble des techniques qui consistent à renforcer ou à approfondir les fondations existantes d’un bâtiment sans le démolir. On creuse sous la fondation actuelle pour lui redonner un appui plus profond, plus solide, ou pour libérer de la hauteur au sous-sol. Deux méthodes dominent dans les projets résidentiels montréalais : le banc de pieux et le sous-murage.

Le banc de pieux consiste à couler, par sections successives, des colonnes de béton armé directement sous la fondation existante. Chaque colonne reprend la charge du mur au-dessus d’elle et la transmet à un sol plus porteur. Le sous-murage, lui, consiste à construire un nouveau mur de fondation sous le mur existant, section par section également. La différence tient donc à l’élément porteur créé : des points d’appui ponctuels dans un cas, un mur continu dans l’autre. Le choix entre les deux techniques relève des plans d’ingénieur, pas de la préférence de l’entrepreneur.

À Montréal, ces travaux concernent surtout le parc construit entre 1900 et 1960 : plex et maisons unifamiliales aux fondations en pierre massif, souvent fissurées après des décennies de cycles de gel-dégel et posées sur des sols argileux sensibles à l’humidité. Deux situations déclenchent typiquement un projet : des fissures évolutives qui fragilisent la fondation, ou un sous-sol trop bas — 1,80 m par exemple — que le propriétaire veut creuser pour en faire un espace habitable. Les deux cas peuvent se combiner, comme dans un duplex de Villeray où l’on reprend la fondation en pierre tout en abaissant la dalle.

Pour un projet de cette envergure, certains propriétaires s’adressent à un entrepreneur en reprise en sous-œuvre à Montréal ou à tout autre entrepreneur spécialisé, en gardant à l’esprit que la sélection repose d’abord sur la licence, l’assurance et la coordination avec un ingénieur — des critères détaillés plus loin dans cet article.

Quelles sont les étapes d’un chantier de sous-œuvre à Montréal ?

Un chantier de sous-œuvre à Montréal suit une chronologie réglementaire bien définie, où chaque acteur intervient à une phase précise. Le déroulé type se présente ainsi :

Les phases d’un chantier de reprise en sous-œuvre
  1. Évaluation structurale

    Un ingénieur inspecte la fondation, les fissures, la nature du sol et l’ampleur des travaux envisagés. Cette évaluation détermine la technique appropriée et la faisabilité du projet.

  2. Plans et rapports d’ingénieur

    L’ingénieur produit les plans détaillés des travaux en sous-œuvre, signés et scellés. Ces documents décrivent le séquençage, le dimensionnement des sections de béton et, le cas échéant, l’étançonnement temporaire.

  3. Permis d’excavation auprès de la Ville

    Le propriétaire ou l’entrepreneur dépose la demande de permis. À Montréal, ce permis est requis notamment pour la réparation ou le remplacement de murs de fondation et le pieutage d’un bâtiment.

  4. Exécution par un entrepreneur licencié

    Excavation par sections contrôlées, mise en place des bancs de pieux ou du sous-murage, coffrage et bétonnage, étaiement si un levage est prévu, puis imperméabilisation et drainage périphérique, souvent avec un drain français.

  5. Inspection finale

    La Ville vérifie la conformité des travaux au permis délivré ; l’ingénieur confirme que l’exécution respecte ses plans avant de valider la structure.

Sur le volet administratif, la Ville de Montréal précise sur sa page consacrée au permis d’excavation de la Ville de Montréal que les plans des travaux en sous-œuvre doivent être signés et scellés par un ingénieur, et que les plans d’étançonnement temporaire, les notes de calcul et l’étude géotechnique ne sont pas requis uniquement si la profondeur d’excavation est inférieure ou égale à 2 m. Concrètement, un projet de creusage de sous-sol dépasse presque toujours ce seuil : il faut donc prévoir ces documents dès la planification.

Dans les quartiers denses comme Villeray, l’accès constitue une contrainte à anticiper : les rues étroites et les cours limitées imposent souvent une machinerie compacte, voire une excavation semi-manuelle, ce qui influence la durée et la logistique du chantier. Les livraisons de béton doivent aussi être coordonnées avec le séquençage, chaque section devant être coulée au bon moment.

Chaque pieu est mis en place selon les plans d’ingénieur : la rigueur du séquençage protège la maison.



Pourquoi le séquençage par sections conditionne la sécurité de toute la maison ?

Le principe fondamental de la reprise en sous-œuvre tient en une phrase : la fondation ne perd jamais entièrement son appui. Les travaux se font par sections alternées — une section excavée, une section intacte — de sorte que les charges du bâtiment restent transférées en continu vers le sol pendant toute la durée du chantier. Une fois une section bétonnée et suffisamment durcie, la suivante est ouverte, souvent en alternance des deux côtés du bâtiment.

C’est ce qui répond à la question que se posent beaucoup de propriétaires : « ma maison ne va pas s’effondrer si on creuse en dessous ? » Non, à condition que le séquençage respecte les plans d’ingénieur. L’image qui aide à comprendre : comme on change les roues d’une voiture une par une sans jamais soulever les quatre en même temps, le chantier reprend les appuis un à un sans jamais retirer tout le soutien de la structure.

Creuser sans plans d’ingénieur expose le bâtiment à un affaissement : une excavation improvisée, sans séquençage par sections ni dimensionnement calculé, supprime l’appui de la fondation sur des longueurs excessives et peut compromettre la stabilité de l’ensemble du bâtiment. La reprise en sous-œuvre n’est jamais une opération à improviser : elle exige des plans signés et scellés, une exécution conforme et une surveillance par un ingénieur.

Cette exigence de rigueur justifie de confier l’exécution à un entrepreneur spécialisé, licencié pour ce type de travaux, capable de suivre le séquençage par sections prévu par l’ingénieur et de coordonner le calendrier des bétonnages avec la surveillance du chantier. Le Code de construction du Québec encadre ces travaux structuraux, et l’inspection finale par la Ville vient vérifier la conformité de l’ensemble.

Vérification des sections bétonnées : chaque étape du chantier suit les plans d’ingénieur à la lettre.



Levage de maison et étaiement : dans quels cas la structure est-elle soulevée ?

Tous les chantiers de sous-œuvre n’impliquent pas un levage. Quand l’objectif est uniquement de renforcer une fondation fissurée, les bancs de pieux ou le sous-murage suffisent, sans toucher à la position du bâtiment. Le levage entre en jeu dans les projets de creusage de sous-sol : pour gagner de la hauteur — passer de 1,80 m à une hauteur rendant l’espace habitable — il faut parfois abaisser la dalle et reprendre les fondations plus profondément, ou souligner la structure avec un étaiement pendant que le nouveau niveau prend forme.

Le levage progressif suit une mécanique contrôlée : la structure est montée par petits incréments au moyen d’étais et de poutrelles (les « aiguilles ») insérées sous la fondation, pendant que l’ingénieur surveille les mouvements à chaque étape. Rien n’est levé d’un coup : chaque increment est mesuré, vérifié, puis stabilisé avant le suivant. L’étaiement provisoire reste en place tant que la nouvelle structure porteuse n’a pas atteint sa résistance.

Pour situer un projet : un propriétaire qui veut seulement stopper des fissures sur une fondation en pierre visera un renforcement sans levage ; celui qui rêve d’une salle familiale dans un sous-sol de 1,80 m devra planifier un chantier combinant reprise des fondations, abaissement de dalle et souvent étaiement. La hauteur minimale exigée pour qualifier un sous-sol d’espace habitable relève du Code de construction du Québec : cette donnée réglementaire doit être confirmée avec l’ingénieur du projet, car elle conditionne directement la profondeur de creusage à planifier.

Étaiement provisoire et rehaussement du sous-sol : la maison reste soutenue à chaque phase des travaux.



Combien de temps durent les travaux et faut-il quitter le logement ?

La question du déménagement revient systématiquement avant un tel chantier. La reprise en sous-œuvre par sections a justement été conçue pour maintenir la structure en appui permanent, ce qui rend le maintien dans le logement fréquemment compatible avec ce type de travaux, sous conditions : l’eau et l’électricité restent généralement disponibles, le bruit et la poussière se concentrent au sous-sol, et les sections excavées restent limitées à tout instant. La faisabilité dépend toutefois de l’ampleur du projet, de la présence de jeunes enfants et de l’étendue des zones de travail.

La durée exacte d’un chantier varie selon la technique retenue, la superficie de fondation à reprendre, les conditions d’accès et la météo. Aucune fourchette universelle ne peut être affirmée ici sans source experte validée : c’est le devis détaillé par phases, remis par l’entrepreneur à partir des plans d’ingénieur, qui permet d’établir un calendrier réaliste pour un projet précis.

Dans un plex, la coordination avec les locataires du logement voisin mérite une attention particulière : le bail régit les droits du locataire pendant les travaux, et les modalités d’accès doivent être planifiées en amont. Un propriétaire prudent en discute avec l’entrepreneur dès la soumission.

Ce qui détermine la durée et le maintien à domicile : la technique retenue (banc de pieux seul ou chantier avec levage et abaissement de dalle), l’accès au chantier dans un quartier dense (machinerie compacte, livraisons de béton séquencées), et l’organisation des sections permettant de vivre dans le logement pendant que le sous-sol est traité.

Choisir un entrepreneur en sous-œuvre : les vérifications incontournables

La crainte des arnaques et des entrepreneurs non assurés n’est pas infondée : selon des données obtenues par Le Devoir auprès de la Régie du bâtiment du Québec, la RBQ reçoit depuis 2014 en moyenne 2 843 plaintes annuelles pour des travaux sans licence, alors que le nombre d’enquêtes menées est passé de 3 669 en 2014-2015 à 640 en 2023-2024. Pour des travaux structuraux de cette ampleur, la vigilance n’est pas une option.

La première vérification concerne la licence elle-même. Selon la Régie du bâtiment du Québec, la sous-catégorie de licence 2.6 — Entrepreneur en pieux et fondations spéciales encadre notamment les travaux de sous-œuvre, sous réserve du respect de la Loi sur le bâtiment. Le numéro de licence de tout entrepreneur se vérifie gratuitement sur le site officiel de la RBQ, en quelques minutes.

Au-delà de la licence, un entrepreneur fiable en sous-œuvre se reconnaît à plusieurs signaux concrets, transformables en questions à poser dès la première consultation :

  • Exigez-vous des plans signés et scellés par un ingénieur avant de commencer ? Un entrepreneur sérieux refuse de travailler sans eux.
  • Comment séquencez-vous les sections, et qui surveille le chantier pour l’ingénieur ? La réponse doit être précise, pas vague.
  • Quelle est votre licence R.B.Q. et sa sous-catégorie ? Vérifiez le numéro sur rbq.gouv.qc.ca.
  • Avez-vous une assurance responsabilité et des références de chantiers de sous-œuvre comparables ?
  • La soumission est-elle détaillée par phases, avec un calendrier et les inclusions documentés ?

Signal d’alerte à ne pas ignorer : un entrepreneur qui propose de creuser « sans plans d’ingénieur », qui minimise le séquençage par sections ou qui peine à fournir un numéro de licence vérifiable accumule des pratiques à risque sur un chantier où la sécurité de tout le bâtiment est en jeu.

Vigilance sur les travaux structuraux sans plans d’ingénieur :

Cet article fournit une information générale sur le déroulement des travaux en sous-œuvre à Montréal. Chaque bâtiment présente des conditions particulières (sol, type de fondation, profondeur, charges) qui exigent l’analyse d’un ingénieur et d’un entrepreneur licencié. Cet article ne remplace en aucun cas une évaluation professionnelle de votre propriété.

Un chantier de sous-œuvre n’a rien d’un mystère inaccessible : c’est une séquence documentée, de l’évaluation structurale à l’inspection finale, où chaque section excavée, chaque pieu et chaque bétonnage suit les plans d’un ingénieur. Pour un propriétaire de plex, la prochaine étape réaliste consiste à faire évaluer sa fondation par un ingénieur, puis à solliciter des soumissions détaillées auprès d’entrepreneurs dont la licence R.B.Q. et la méthode par sections ont été vérifiées. C’est cette rigueur — pas la chance — qui permet de rester chez soi pendant que sa maison gagne un sous-sol habitable.

Rédigé par Julien Mercier, suit l'actualité de la rénovation résidentielle au Québec et vulgarise les techniques de génie civil appliquées à l'habitat, avec une attention particulière pour les travaux structuraux complexes